samedi 26 novembre 2016

À la rencontre de Kili K-sper




Pour ce premier article de la catégorie SOUND, découvrez Kili K-sper, un rappeur rennais qui nous dévoile sa vision du monde, son parcours et ses projets au cours d'une interview.

 


Salut Kilian, tout d’abord raconte-moi ton parcours, à quel moment es-tu rentré dans l’univers du rap ?
Je viens de la région parisienne à la base, je suis arrivé sur Rennes quand j’avais 10 ans, après j’étais en sport-étude escrime. Tu trouves toujours un groupe de potes et parmi ce groupe, un gars qui commençait à faire du rap m’a invité chez lui, on écoutait Sniper et Booba dans la cour de récré, c’est lui qui m’a un peu initié, on commençait à écrire des textes chez lui, vers 16/17 ans.


C’est à ce moment-là que tu as choisi de ne plus être qu’un auditeur mais de prendre le stylo en main ?
Oui et au début t’écris des textes de gangster alors que ça te ressemble pas du tout, il faut le temps de se trouver un peu. Après en quittant le lycée j’ai fait un BTS immobilier à Descartes, je ne pensais pas encore trop au son, je continuais à écrire mais un peu tout seul. Avec un pote [Matthieu] on avait grave envie de se barrer de Rennes et de voir autre chose, sans parler de son. Alors on est parti en Australie en septembre 2013, directement après il a acheté une guitare et a commencé à jouer, je lui ai demandé de faire quelques textes que j’avais.

Lui m’emmenait dans la rue en m’encourageant à fond, on a fait ça pendant 3/4 mois et à la fin je gueulais mes textes, une fois que tu as passé la barrière de ce que pensent les gens, c’est là que tu commences à faire de vraies choses, et il y a eu le déclic du « t’es plus timide, t’assume tes textes ».


Comment ces premières expériences se sont passées ?
Il y avait pas mal de francophones, si les sons leurs paraissaient cools ils me le disaient, les gens qui viennent te voir c’est toujours pour des paroles d’encouragement. En décembre on a créé un groupe tous les deux [la chaîne Youtube existe toujours elle s’appelle Hawk Stuff] avec beaucoup de vidéos en GoPro : des trucs dans la rue, des trucs sur la plage. C’est encore des vieux textes mais que j’assume, je considère que je suis passé à un niveau un peu supérieur par rapport au flow et aux paroles, j’en fais pas la pub mais c’est toujours là.
Je suis revenu au mois d’avril, pour faire le Tour de France parce qu’avec mes deux petits frères on est fans alors j’ai acheté une caravane et on a suivi le Tour étape par étape. 


Raconte-moi ton retour en France et les projets qui sont nés par la suite…

Je suis revenu en juillet 2015 il y a un an et demi et j’ai commencé une licence en immobilier à Ker Lann. C’est là que j’ai rencontré Guillaume Lemaitre qui m’a mis en contact avec pas mal de monde et c’est lui qui m’a remotivé à faire du son. Donc avec Matthieu ça s’est relancé : les concerts, les open-mic… Après j’ai lancé la page Facebook et la chaîne YouTube récemment, je n’avais pas encore assez de matières pour l’alimenter mais je me suis dit qu’il fallait le faire, parce que c’est le fait que ça existe qui me motive à me dire « Ok faut que je sorte un truc ».


Tu as donc débuté ton processus mais quelles sont les limites, les difficultés que tu peux rencontrer ?
Il y a énormément de choses en réserve, c’est là la frustration dans ce domaine, c’est que je dois avoir une vingtaine de morceaux solos qui sont écrits, finis, prêts, mais qui sont mis de côté parce que j’ai pas forcément d’endroits où enregistrer et ça coûte un peu cher. On a rencontré des gens avec qui faire des clips, y a des collaborations qui se font et ça va venir, cet été je suis resté à Rennes et il n’y avait personne, impossible de capter quelqu’un. 



J’imagine que la musique est intégrée à ton mode de vie depuis beaucoup d’années, quels sont les artistes qui t’ont plus ou moins influencé ?
Je vais zappé les douze premières années parce que j’écoutais ce qu’écoutait mes parents et le tournant c’est lorsque ma tante m’a offert l’album « Hardcore » d’Eminem, c’est ma première écoute rap et je l’ai saigné, après j’ai essayé de me rattacher à ce qui était disponible pour moi en rap et il y avait Skyrock à l’époque qu’était pas trop mal encore. Alors j’ai découvert Booba, IAM, NTM, Rhoff aussi.
Par la suite j’ai continué à écouter du rap mais je ne m’y retrouvais un peu moins dans ce qui se passait quand j’étais à la fin du lycée, j’étais assez fermé au collège/lycée donc je suis resté sur ces écoutes-là. Ensuite mon pote m’a aidé à m’ouvrir un peu : avant je n’écoutais pas de rock par principe et après je me suis dit « bon pourquoi pas essayer », c’est là que j’ai commencé à écouter les Red Hot et j’accompagnais mon pote en concert, pour me faire un peu une culture musicale.
J’ai découvert les choses assez tard et pas dans le bon ordre en fait, c’est là que Biggie est arrivé, et j’ai refait toute sa discographie, je pense que c’est mon rappeur préféré. Du coup Tupac par la suite, je suis revenu aux classiques parce que je commençais à écouter toute la nouvelle génération avec 1995, Guizmo, ils parlaient de références que je n’avais pas forcément donc je me suis replongé là-dedans et en Australie j’écoutais de vieux sons.


C’est de ton plein gré que tu as choisi de revenir aux grands classiques donc…
Oui et je me suis dit que j’allais arrêter d’écrire un petit peu. J’écoute avant de raconter n’importe quoi, pour avoir des bases et savoir ce qu’ont fait les anciens dans la musique. Biggie, Tupac, Big L, ma deuxième année là-bas [en Australie] une fois que mon pote était parti, j’ai rencontré un italien qui était fan de reggae et là j’ai complètement décroché du rap pendant trois ou quatre mois. J’ai tellement élargi ce que j’écoute, si tu regardes dans mon Ipod j’ai de la musique italienne aussi parce que j’ai pas mal traîné avec des italiens, sinon toujours du rap français et bien sûr Kendrick Lamar, il fait de la folie. Tu pourras également noter l’album de Nas et Damian Marley [Distant Relatives] que j’ai également écouté en boucle. 


Revenons-en à ce qu’il se passe aujourd’hui, quel regard portes-tu sur la génération rap actuelle ?

Je t’avoue que j’ai un peu de mal avec la nouvelle vague trap, je n’arrivais pas trop à accrocher au délire parce que ça me semblait un peu trop accessible.
Il y a Django en ce moment, « Fichu » je n’arrive pas à m’en détacher des oreilles. J’essaye aussi d’écouter un maximum ce qu’il se passe sur la scène rennaise, dès qu’il y a un mec qui sort un EP, faut rester à la page. Et je n’ai pas envie de faire de la musique pour faire ce que les gens veulent entendre, même s’il y a toujours une petite vague à suivre : je le fais que si ça me plaît.



Sur quel style d’instrumentales te sens-tu davantage à l’aise ?
Moi j’ai commencé par la boom bap et c’est à ce style là que j’aime bien me raccrocher, c’est ce qui m’a aidé à apprendre à écrire. Je trouve que c’est intéressant quand t’as cette base parce que sur de la trap tu peux développer plusieurs styles de flow et te diversifier. C’est ça pour moi qui est intéressant dans la trap mais mon style de prédilection reste le boom bap, clairement !


J’ai remarqué que tu t’essayais à un autre exercice : kicker avec seulement une guitare en accompagnement. Une envie d’innover, de tenter des choses ?
Alors comme je te disais Hawk Stuff c’est terminé, mais de son côté Matthieu [Matt Wild] prépare une mixtape en solo, avec plus de sonorités reggae et moi je collabore avec lui en faisant des couplets rap. C’est plus dans ce cadre qu’on continue et moi je l’invite sur des morceaux pour des refrains.



Alors dans la première vidéo postée sur ta chaîne Youtube, dans ton freestyle «SEUL» tu affirmes : « Internet nous porte, en deux cliques tu visites New York, paradoxal car on sort plus d'chez soi ».
Explique-moi plus profondément ces paroles. Attaches-tu beaucoup d’importance à retranscrire la vérité ?
Quand je commençais à écrire je disais beaucoup de choses et ça n’avait pas de grande résonnance pour ceux qui entendaient car ça ne sonnait pas vrai, tu t’inventes un peu une vie au début tu ne sais pas trop quoi écrire. En fait j’ai trouvé comment écrire et ce qui me touchait le plus ; je sens quand un texte prend, quand je commence à parler vraiment de ce que je ressens. J’ai pas la volonté de faire du rap introspectif, au début j’écrivais mais ce n’était même pas des chansons, c’était juste sur la vie, des petits bouts de romans, des petites nouvelles ou des choses comme ça. J’aime bien que les gens puissent se rattacher, ils entendent quelque chose et ils se disent « ça c’est vrai ».
Sur ce son-là [« Seul »], l’idée générale de base c’est qu’il y a beaucoup de personnes qui parlent de faire pleins de trucs : quand je suis parti en Australie on m’a dit plusieurs fois « j’aimerais trop le faire », pareil pour les open-mic. Il existe pleins de gens qui veulent faire pleins de choses, mais qui au final restent chez eux, et je trouve dommage que certains jeunes n’aient pas de passion, c’est triste.

Je ne suis pas en train de dire non plus que tout est possible, genre DJ Khaled dans l’interview de Clique où il dit « ouais si tu veux un truc tu peux le faire et gagner des millions par semaine ». Non, il y a des étapes avant, mais il faut commencer par sortir de chez soi. Et justement les nouvelles technologies offrent tellement de possibilités que t’as l’impression de tout avoir sans bouger.



Tu n’es pas un rappeur qui ne joue qu’avec l’égotrip donc…
Après moi j’ai besoin de faire les deux, j’aime que les gens fassent la part des choses, si t’écoute un morceau de moi qui est égotrip, tu vas l’entendre dès la deuxième rime. Pareil si t’écoute un morceau où j’ai envie de parler de choses vraies tu le sauras aussi, la différence est telle que tu ne peux pas prendre l’égotrip au premier degré ou alors c’est ceux qui veulent détruire le rap en dénigrant.


Avant l’interview tu ne m’as pas caché que tu avais plusieurs projets sur le feu, dis-moi en plus…

Il y a des sons qui vont encore sortir avec Matt Wild, il y a un morceau en collaboration avec la French Coast, je parle de choses avec Reta ou le crew de la 7ème . Il y a encore des sorties de prévues avec JOR, et d’autres projets en préparation avec L’indécis mais après j’annonce rien par principe tant que rien est enregistré. 


Comment se passe ta relation avec les beatmakers ?
C’est le problème, le manque de connaissances et de contacts alors tu pioches dans ce qui est disponible donc des faces B, là on a des pistes pour avoir des faces A, il y a un site qui s’appelle VirtualBeat sur lequel tu peux acheter des prods et les utiliser. 


Quant aux rappeurs, avec qui travailles-tu en collaboration ?
Je travaille comme je te disais avec la French Coast qui font leurs propres instrus et Lucio de Baalusk qui peut m’en proposer. Sinon il y a une collaboration qui se fait avec Krump, des gars de Nantes. 


Alors on a déjà pu te retrouver aux côtés d’autres artistes pour des soirées entièrement dédiées au hip-hop. Tu as donc déjà une légère expérience, raconte-moi comment se sont déroulées tes premières scènes et premiers open-mic ?
En fait quand tu plonges le nez dedans, il y a un énorme décalage entre ceux à quoi s’attendent les gens avec les clichés qu’ils ont du rap et l’ambiance qu’il y a par rapport à certains autres milieux. C’est-à-dire que c’est beaucoup plus ouvert et axé sur le partage, par exemple si tu vas en open-mic, tu as pu le voir, les gens sont super tolérants : n’importe qui peut débarquer tout seul, prendre le micro, sortir son texte et personne va le huer ou dire que c’est de la merde. Au contraire tout le monde va écouter ce qu’il a à dire et ce sera toujours positif, il ne peut y avoir que des encouragements, il y a vraiment une dynamique positive, c’est juste le partage et tout le monde s’entraîne, s’entraide, il n’existe pas de rivalité. 


L’ambiance doit être importante surtout lors d’une telle émulsion de groupe…
Oui et pour l’instant on n’est pas à un niveau où il peut y avoir des rivalités, des clashs, faut pas tout mélanger on n’est pas au niveau de Booba et La Fouine qui se clashent dans leur building.
Ça marche toujours mieux quand on est plusieurs et ça va être le but de notre association aussi, c’est de réunir les gens pour aller plus loin. Après il n’y a pas forcément besoin de le provoquer, c’est déjà l’ambiance qu’il y a sur Rennes. C’est sûr qu’il faut se lancer en open-mic mais une fois que tu l’as fait, les gens vont être tolérants et ça va t’encourager à le refaire : c’est comme quand t’es tout petit et que t’as peur de faire un énorme toboggan, tu te lance à le faire et puis t’as trop envie de le refaire parce que c’était ouf.


Raconte-moi une de tes journées type musicalement parlant.
Je dirais qu’il y a deux types de journées, une où tu vas finir d’écrire des trucs, où là ma façon de faire c’est plus être enfermé dans mon coin ou alors écrire avec la personne pour un feat, des journées assez casanières où les gens autour vont pas trop voir le travail qui évolue, c’est un peu dans l’ombre au final mais tu sais ce que ça va donner.

Ou alors une journée d’enregistrement où tu vas en studio, apprendre tes textes sur le bout des doigts et balancer. La journée type tu peux tout faire : télécharger des prods, tu fais le bilan sur les textes que t’as, tu finis d’écrire. Après t’as tout le délire de clip, par exemple on bloque une journée entière pour tourner un clip.

Mais quoiqu’il arrive, toujours le casque sur les oreilles, peu importe où, il est toujours là. La musique c’est une drogue et si j’arrêtais d’écrire j’en écouterais toujours, auditeur avant tout.



Un artiste que tu écoutes beaucoup en ce moment et qu’apprécies-tu chez lui ?
Django, j’apprécie sa vision de la trap et moi ça m’aide à me dire que c’est pas juste un délire qui va s’effacer dans le temps mais que tu peux développer quelque chose de concret là-dessus. J’essaie vraiment d’écouter de tout, parce qu’avant je faisais ça, j’écoutais un artiste et c’était mon préféré, maintenant je suis juste à l’affût de ce qui va sortir.
Kendrick [Lamar] j’arrive toujours pas à me détacher de son dernier album. J’ai un peu décrocher du délire S-Crew, ils m’ont un peu mit un coup de frein. Il y a toujours du bon, tu sais que les gars sont bourrés de talent mais j’aime pas trop le délire dans lequel ils sont partis.


Vous pouvez retrouver les sons de Kili K-sper juste ici.

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